la mode des pôles de compétence n'épargne pas l'Enseignement Supérieur Agronomique
Le Ministre de l’Agriculture (Hervé Gaymard à l’époque) l’avait annoncé en 2003, il veut un « enseignement supérieur agricole, agro-alimentaire et vétérinaire (ESAAV) fortement identifié et résolument inscrit dans le contexte universitaire national et international ». Dans son discours de présentation de la réforme à l’ENESAD, en décembre 2003, Michel Thibier, représentant la direction générale de l’enseignement et de la recherche (DGER) du Ministère de l’Agriculture n’a pas hésité à qualifier l’ESAAV d’obsolète. Les 19 établissements publics sous tutelle du Ministère de l’Agriculture seraient subitement devenus inadaptés au « contexte émergeant de compétition internationale de l’offre de formation et de construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur ». L’ESAAV doit être plus lisible au niveau national et international et il doit être plus compétitif, nous dit-on et il doit pour cela se concentrer, fusionner. Sur la base des projets proposés par les établissements établis dans des délais qui n’ont permis qu’une consultation très restreintes, et des avis d’une commission d’experts, le Ministère a sorti du chapeau une restructuration de l’enseignement supérieur en 6 pôles de compétences pluridisciplinaires en sciences et technologie du vivant (pôle francilien, Ouest, dijonnais, clermontois lyonnais, montpelliérain, toulousain). Chaque pôle est aujourd’hui dans une phase de définition d’un projet de restructuration de l’enseignement et de la recherche devant déboucher sur le fonctionnement opérationnel des pôles en septembre 2007.
Sud Rural est présent dans ces débats, notamment dans la mise en place du pôle dijonnais. Si nous pouvons admettre que le rapprochement de certains établissements peut améliorer la lisibilité des formations et des activités de recherche, justifier la réforme par la nécessité d’accroître la compétitivité de l’enseignement supérieur agricole et vétérinaire inscrit d’emblée les établissements dans une relation de concurrence et introduit inévitablement la notion de taille critique de viabilité (une masse critique de 1000 étudiants et un potentiel humain de 200 chercheurs et enseignants-chercheurs sont « imposés »). Ces perspectives, situées dans une contexte d’intenses restructurations des Universités et de réforme de la recherche (faisant suite au mouvement Sauvons la Recherche de 2004), ne garantissent pas le maintien de certaines missions de services publics (accessibilité sur l’ensemble du territoire, maintien de filières à faibles effectifs) et laissent craindre le pire pour les plus petits établissements. Ainsi, à Dijon, partant d’un rapprochement de l’ENESAD et de l’ENSBANA (Ecole Nationale Supérieure de Biologie Appliquée à la Nutrition et à l’Alimentation), le projet se dirige vers un rapprochement fort entre l’ENESAD et l’Université, rendant possible à moyen terme l’absorption du premier par le second. Dans le cas dijonnais, Sud Rural revendique le maintien de l’autonomie de l’ENESAD, d’une part, afin de laisser une chance de survie aux formations d’ingénieurs reconnues pour leur caractère innovant et fortement ancrées dans le monde professionnel et d’autre part, pour ne pas compromettre le devenir de la composante (importante) de l’ENESAD qui accompagne le développement de l’enseignement technique agricole (CNERTA, GEPA).
Sans être opposé a priori à des évolutions des structures dans l’Enseignement supérieur agricole, Sud Rural se mobilise sur l’ensemble des pôles pour contribuer à ce qu’ils se traduisent par le développement du service public d’enseignement supérieur et refuse qu’il ne se réduisent à des économies de moyens rognant sur la qualité et les conditions de travail. L’offensive généralisée du gouvernement actuel sur le démantèlement de l’ensemble des services publics ne peut que renforcer notre inquiétude sur les véritables intentions de notre Ministère concernant l’enseignement supérieur agronomique.